réflexion sur les problèmes de diététique

Désir délibératif et compulsion alimentaire

Une personne est toujours surprise de se faire « non diagnostiquer » comme trouble des conduites alimentaires, alors qu’elle subit une compulsion alimentaire régulière quasi de manière quotidienne. La récurrence des crises alimentaires, le sentiment de perte de contrôle sur l’alimentation sont des critères de diagnostic du DSM-V qui côtent pour la crise de « binge-eating ».

Mais je vais examiner cette problématique sous un angle nouveau : le processus de délibération.

Tout peut se décider le matin…

Moment crucial de la journée, ce moment où l’on peut croire à un corps au plus proche de sa réalité : le matin. Il est souvent qualifié : « à jeun/vide », donc mesurable, car dans les dernières heures, sauf prises alimentaires nocturnes, le corps ne reçoit pas de nourriture. Lors du réveil, le miroir comme la balance « pèse personne » et les autres moyens de mesure actuels du corps vont nous donner une information sur le corps. Si nous désirons perdre du poids (quelque soit l’IMC) nous allons délibérer de nos attitudes alimentaires (et des choix d’aliments, comme du sport) pour atteindre notre objectif de perte de poids ou notre modification de l’image du corps (IP/IC). Nous conformons nos moyens en vue de l’objectif.

Une partie des comportements alimentaires (les observables et non-observables) peut être sous-tendue  par ce processus délibératif. Deux autres parties existent et peuvent modifier les comportements alimentaires. En effet, selon l’état émotionnel comme l’état physiologique, des prises alimentaires peuvent apparaître malgré la décision de résister face au désir d’avoir une prise alimentaire, soit de compulser. La dynamique physiologique ennuie encore beaucoup de nos contemporains, ne supportant pas la réalité d’une gouvernance du corps sur notre raison. Pourtant, la non-couverture minimale des besoins en glucides complexes, dans les instants nécessitant un besoin, crée un état physiologique particulier du corps, un déficit dans le corps à l’origine des pensées dirigées vers la nourriture et la perception de faim stomacale.

Mais si le matin, après délibération, la décision de ne pas craquer, et si le contexte psychologique le peut, il y aura une plus grande tendance à faire face à la compulsion alimentaire et ce malgré l’état physiologique particulier. La conséquence sera une intensification des pensées dirigées vers la nourriture puisque le corps est déficitaire en glucides. Dans ce type de situation, le comportement attendu « est de manger » et même de manger assez vite! Mais la délibération contient la compulsion alimentaire par une volonté insensible à l’état psychologique. Ce qui semble comme positif, soit de résister à la prise alimentaire et donc de lutter contre le risque de prendre du poids, n’est ici qu’une prise de décision mais une décision inadaptée. Inadaptée, car le comportement attendu, donc la « norme » dans le corps, est la prise alimentaire. Si la délibération du matin vient empêcher la prise alimentaire, elle marque le caractère problématique de l’obstination, soit une inadaptation sur le réel.

Tout peut se décider avant l’heure du repas…

Mais l’inverse se produit aussi! N’ayant pas faim et étant obligé de passer à table, nous pouvons prendre la décision de manger. Dans cette situation, les sensations concernant les prises alimentaires (faim et rassasiement) n’existeront pas et ne sont pas à questionner, ni à rechercher puisque nous sommes dans un état post-délibératif. Nous nous appliquons à agir conformément à l’objectif désiré : celui de manger. Si la décision va dans le sens de manger, alors nous mangeons indépendamment des sensations de faim et de rassasiement. Pensons à la formule « foutu pour foutu » qui illustre bien ce processus.

La délibération et l’obstination relèvent d’une dynamique problématique seulement si elles sont dans le but de modifier son IP/IC. Cette dynamique peut être questionnée dans certaines situations comme la pratique sportive avec un désir de performance, un manger sain dans le cas d’une orthorexie… Elles relèvent d’une dynamique posturale et non éthique. Dans les autres situations, elles sont à nuancer. La question de la liberté sera à questionner pour comprendre la mécanique de pensée.

Pour faire une petite conclusion la délibération et l’obstination sont des points problématiques dans les comportements alimentaires ne traduisant pas toujours un trouble des conduites alimentaires, mais lorsque les fins sont le désir de modifier son corps, son image du corps et son poids, alors ils sont des signes de troubles alimentaires.

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conference publique

Les troubles alimentaires à Nîmes / Congrès 2018

Bonjour, voici les informations concernant le 6ème congrès organisé avec l’association l’ACT, redonnons du sens au comportement alimentaire, le Pr S. Guillaume, le Dr D. Costa et M. Sahuc.

Cette nouvelle édition aura lieux au carré d’art de la ville de Nîmes.

Le Dr Alain Perroud éminent spécialiste des troubles alimentaires, psychiatre et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet de l’anorexie comme la boulimie, nous fait l’honneur d’être le président de cette journée.

La journée sera réservée aux professionnels de santé médicaux et paramédicaux, diplômés ou élèves en cours de formation dans des études validées.

La date : le 27 avril 2018

La journée est soumise à inscription, capacité d’accueil: 160 participants.

PROGRAMME A TELECHARGER : Programme + Fiche inscription2018

Les thèmes abordés seront la place du soin, l’intérêt du traitement de l’image du corps, qu’est-ce que le corps, l’orthorexie et le DSM-V.

En comptant sur votre présence pour relever le défi actuel concernant la prise en charge des troubles alimentaires.affiche-congrès-2018

Crédits photo: Nicolas Sahuc

Bien à vous.

 

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En finir avec l’idée de « taper dans les réserves » pour perdre du poids

Encore une des aberrations que j’entends en permanence dans les consultations provenant de fausses informations véhiculées par des non-professionnels de santé, qui se rendent donc responsables de certaines obésités ou troubles alimentaires!

Pourquoi « taper dans les réserves » ne peut pas vous faire perdre du poids : malheureusement le corps est organisé de façon telle qu’il possède des réserves énergétiques dans quasi toute sa structure (en lipide, en protide, en glucide, en ATP…) dans des stocks de tailles différentes. Prenons par exemple, la matière grasse chez une femme, classiquement nous retrouvons un taux de matière grasse de 20% du poids du corps soit 10kg pour un corps de 50kg. Sachez qu’un 1gr de graisse contient un niveau d’énergie de 9kCal, nous sommes d’accord qu’1kg représentant 1000gr contient donc une somme d’énergie de 9000kCal soit pour 10kg, nous avons une réserve de 90000kCal dans ce corps. Les mesures scientifiques sont plus avantageuses car les valeurs retrouvées en triglycérides dans le corps sont plus proches de 80000kCal que de 90000kCal! Une consommation moyenne d’énergie chez la femme est d’environ : 2000kCal/j, ce qui mathématiquement parlant pourrait assurer 40jrs de besoins sans manger! A noter que le corps vient à modifier son  fonctionnement par un ralentissement au fur et à mesure que son niveau d’énergie baisse. Ceci est sans compter les énergies stockées en protides (20000kCal environ) et en glucides.

Bref, la perte de poids est une conception fausse de la compréhension du corps, en cela elle doit être changée pour plus réfléchir sur les attitudes qui maintiennent l’excédent de poids, sans créer d’état de dénutrition. Supprimer tout apport en glucides est une erreur majeure puisque c’est une des réserves des plus faibles dans un corps (2400kCal) et dont nous sommes le plus dépendants comme nos neurones.

SAUTER DES REPAS N’A PAS DE RELLE EFFICACITE SUR LA PERTE DE POIDS MAIS CREE DES INCIDENCES BIOLOGIQUES AUGMENTANT LE BESOIN DE SUCRÉ DANS UNE JOURNÉE.

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Une balance, un pèse personne ne montre pas l’inertie du poids !

Nous le rappellerons jamais  assez aujourd’hui, la balance est l’outil le moins utile pour la compréhension du poids du corps.

Pourquoi ?

Simplement car la pesée est une « photo instantanée » de la situation mais ne montre pas l’inertie du poids sur la journée. Lorsque l’on se pèse à J1 et qu’à J2 la pesée affiche un excèdent, notre raisonnement immédiat nous fait croire à une prise de poids. Mais en y regardant de plus près, ce raisonnement peut-être totalement faux et non représentatif de la situation réelle.

Si à J1 vous consommez 1,5kg de nourriture (environ 1800/2000kCal), vous êtes donc à poids de J1 +1,5kg. Imaginons 52kg+1,5kg soit 53,5kg en fin de journée de J1. Si à J2, vous pesez 52kg cela signifie que votre corps n’est pas stable mais certainement dans une dynamique de descente : vous êtes en train de perdre du poids. De même si vous êtes compris entre 53,49 et 52kg, car le chiffre est inférieur au total de la veille. Même si vous pesez plus qu’à J1, votre poids est en train de descendre. De Là toute l’ambiguïté d’une lecture unique du poids, la pesée ne permet de donner la tendance du corps.

Alors on pourrait facilement croire qu’il vaudrait mieux se peser la veille au soir pour comprendre la tendance mais en fait cela ne donnerait pas plus d’informations, ou du moins avec peu de précisions. Car personne d’entre nous ne peut quantifier les prises alimentaires ni même tous les liquides que l’on boit avec l’ensemble des pertes dans le corps sur une journée.

 

  1. décomplexez-vous avec la balance car elle n’est pas un indicateur fiable
  2. le chiffre annoncé ne nous donne pas la tendance de la balance et à ce jour aucun appareil n’existe
  3. la balance ne reflète pas l’état biologique du corps
  4. la seule chose que l’on peut dire, c’est à qu’à l’heure de la pesée nous faisons ce poids là, à ce moment de notre vie

Bref #balanceTAbalance

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La saisonnalité ou la meilleure façon de ne pas être attentif à son corps

C’est l’heure du froid ! C’est parti pour les bons petits plats chauds, les raclettes, les plats en sauce! Fini les grosses salades bien fraîches qui refroidissent notre corps tout chaud. Place donc aux plats chauds qui réchauffent notre corps tout froid. En résumé, fini les légumes de l’été, de saison, « welcome » les légumes de la saison d’hiver, tout autant que cette cuisine particulière riche et grasse.

Voici le discours ambiant entendu à chaque conversation culinaire, de régimes et dans tous les magasines et blog bien pensant du « heathy, food addict » et de la bonne santé.

 

En y regardant de plus près, je n’ai jamais eu pour ma part envie de choux fleur ou de brocolis dans la saison de ces derniers mais consommer ces aliments-là car c’est la saison oui. Je peux vouloir consommer ces aliments-là hors de leurs saisons puisque je les apprécie au goût. L’erreur, le non-sens écologie, serait donc de consommer ses légumes en dehors de leurs saisons de culture. Grace à certaines  techniques de conservation des aliments, certains peuvent être consommés en dehors de la saison mais non frais. Cette erreur écologique ne doit pas être confondue avec le désir du corps car en effet l’envie de ces aliments ne dépend pas de la saisonnalité mais plutôt du corps/des envies. Ce qui veut dire que l’écoute des envies peut être totalement différente de la saison ou de la pratique culinaire de saison.

N’ai-je pas été surpris que l’on proposasse une tartiflette en plein été car mes convives désiraient ce plat d’hiver. « Mince ! Ca ne se fait pas! Ce n’est pas la saison! « . Que nenni ! Mes hôtes voulaient leur tartiflette me rétorquant qu’il fallait écouter son corps.

Keuwah ! Saisonnalité ne correspondrait donc pas à l’écoute du corps ! 

En effet, combien d’entre-nous avons eu envie d’une pizza ou d’un poulet basquaise un jour de chaleur étouffante ? Combien d’entre-nous ont eu envie d’une bonne salade en plein hiver? Sous le couvert des habitudes et des saisons des légumes, le corps n’a plus son mot à dire, il ne peut exprimer son besoin authentique. Voilà pourquoi la saisonnalité étouffe le corps dans ses besoins et montre une part de fausseté des choix alimentaires vers plats riches en plein hiver, tout comme les amandes, les noix… A chaque désir de plat gras, cela n’exprime pas réellement le besoin du corps mais cela vient justifier une envie, différent du besoin.

Pour résumer, consommer des légumes de saison est écologique et de bon sens. Justifier de consommer des légumes de saison n’est pas toujours l’expression réelle de notre corps mais plus l’expression d’un désir en vue d’autre chose tel que la régulation du poids, un désir de performance sportive, une modification de l’image du corps ou encore du plaisir,…

 

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Un aliment est ni bon ni mauvais, il est les deux à la fois

Comment reconnaître un bon professionnel à un mauvais professionnel : simplement à son discours. Le mauvais professionnel, et autres conseilleurs, viendra argumenter qu’un aliment est bon ou mauvais pour la santé !

Faire de la médecine, soigner et si on le peut aider à guérir les personnes (rappelons que médecine a pour racine « média » c’est-à-dire : aider au passage d’un état de santé particulier à un meilleur état de santé) c’est tout d’abord comprendre et s’occuper du corps. Non pas comme dans l’antiquité en s’occupant de l’âme mais en plus, tout en connaissant le fonctionnement de l’organisme.

Dans nos études médicales et paramédicales, nous apprenons la drôle  mécanique du corps qui a pour habitude de vouloir toujours tendre vers un équilibre, ce que l’on appelle l’homéostasie. L’organisme par des capteurs à la capacité de s’auto-réguler pour obtenir une certaine constance, un équilibre. Nombreux sont les exemples et je ne citerai que l’exemple du pH sanguin. Mais toutes les constances ne peuvent être régulées par des besoins du corps, il est pour certaines régulations des besoins extérieurs, ces derniers sont une source extérieure et dits « exogène ». Par exemple, le corps peut synthétiser la quasi totalité des briques (les acides-aminés) pour faire une protéine. Malheureusement, toutes les briques ne peuvent être fabriquées par le corps, nous sommes donc obligés de trouver dans les produits alimentaires une source convenable de briques. Nous sommes donc toujours dépendants de notre alimentation.

Prenons un autre exemple sur la consommation de viande rouge et le risque de cancer. Vous pouvez trouver dans l’article de l’Organisation Mondiale de la Santé (ArticleOMS) le risque potentiel d’un aliment d’être mauvais et le potentiel d’un aliment à ne pas avoir d’incidence. En effet, en dessous d’une certaine consommation, soit de grammes/j, aucune influence négative n’est observée sur le risque d’apparition de cancer colorectal. Au-delà d’une certaine dose, on peut observer une augmentation de 17% du risque. Car c’est bien de la dose que l’on doit discuter. Cette dose contribue à l’augmentation du risque de cancer, ce qui signifie qu’en dessous il n’a pas d’incidence. Par contre, limiter sa consommation peut avoir une incidence sur l’état de fatigue, puisqu’il est la source principale en fer.

Nous pouvons comprendre donc l’effet remède comme poison que peut contenir un aliment. Classer un aliment bon ou mauvais en le rangeant dans une catégorie c’est ne pas comprendre le corps humain dans sa complexité, nier le concept même de posologie et je crois que l’alimentation aujourd’hui doit être comprise dans ce sens, en terme de posologie en fonction de la singularité de la personne. Les grands discours classant les aliments bon ou mauvais doivent se taire pour laisser place aujourd’hui à une pratique de santé éthique visant la santé.

Pour conclure un aliment est ni bon ni mauvais, il est un pharmakon (remède et poison), tout dépend de sa posologie, donc de la manière dont le professionnel pratique la nutrition et la conseille.

 

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