« Critique d’une morale diététique contemporaine »

Face à la constante augmentation de l’épidémie d’obésité en France, des campagnes de prévention sont mises en oeuvre à coup de bandeaux publicitaires. Alors que l’on pensait la « morale » désuète, la campagne renoue avec cette pratique. Par des injonctions concernant la perte ou le contrôle du poids (et/ou l’image corporelle) par des choix alimentaires adaptés, la « morale » s’incorpore comme un devoir à respecter pour contraindre l’épidémie d’obésité. Aujourd’hui la question diététique n’a plus de rapport avec le « bon pour soi » mais plutôt avec le « bien » et le « mal ». Ce glissement du « bon » vers le « bien » conduit au sentiment de culpabilité lorsque que l’on mange en dehors des repas par exemple.

La communication orale propose d’observer les limites de cette attitude moralisatrice sur l’acte alimentaire par un regarde éthique.
Si le poids reste la cible privilégiée dans les soins diététiques et nutritionnels, cette cible est à questionner. La personne perdant du poids glisse d’un « état occupé » par l’excédent de poids vers un « état pré-occupé » par l’excédent de poids qui pourrait revenir.
Il est urgent que la diététique accouche de l’éthique qu’elle porte déjà en son nom pour limiter les effets négatifs de cette « morale diététique contemporaine » qui enferme les professionnels dans une posture sans éthique maintenant la personne dans un rapport pathologique entre ses choix alimentaires et son rapport au poids/image corporelle. L’émergence d’un trouble atypique prend peut-être forme par la diffusion d’une « moraline ».

par Nicolas SAHUC
sce post urgence psychiatrique
CHU Montpellier
n-sahuc@chu-montpellier.fr

“De l’éthique dans la diététique pour sortir d’un acte alimentaire vicié.” Extrait de la soutenance du M2 d’éthique médicale

Le B.T.S. diététique, tout comme la formation à l’I.U.T., pose le problème de manière immédiate dans son titre : “technique”. L’apprentissage qui se déroule sur 2 ans est une longue route dans laquelle votre technique se concrétise : la connaissance des aliments, les calories, les pathologies… Puis vient le jour des stages tant attendus pour qu’enfin la technique soit mise en pratique. Là, c’est un effondrement sur la réalité des soins pour un bon nombre d’entre nous. On s’aperçoit que la technique n’est pas une condition suffisante quant à la réussite de l’objectif de soins dans la prise en charge de l’obésité par exemple. Car il y a une différence entre le cas clinique sur le papier et la personne qui possède une psychologie et une complexité. Tout au long de la formation les aspects des entretiens en face en face sont exclus.

Deux options se proposent à nous, en tant que soignants spécialisés en diététique, soit reprendre des études pour introduire de nouvelles connaissances sur l’entretien en face à face par exemple, soit poursuivre l’application de la technique qui malheureusement démontre son inefficacité dans 96% des situations d’après le rapport de l’ANSES. La technique s’obstine dans cette voie en se radicalisant, l’expression la plus probante sont les chirurgies bariatriques.

Pour ceux qui reprennent et se forment à l’entretien ou d’autres types de soins une aporie va naître : ni je ne peux continuer à appliquer une technique diététique une formation en entretien individuel, ni je peux faire que de l’entretien individuel, car les nouvelles formations ne sont pas reconnues au même titre que les formations initiales en “psychologie”.

L’échec des prises en charges dans l’obésité provient de cette double problématique, créant ainsi un acte alimentaire vicié :
– la poursuite d’un acte technique, déshumanisé, qui tend à se radicaliser (régimes hyperprot – coupe faim – bariatrie…),
– l’aporie vécue par les diététiciens qui ont complété leurs études par des formations en entretien.

Alors une voie me semble plus juste, en quelque part une voie du milieu, celle qui est représentée par l’éthique médicale. Cette voie nous permet de nous interroger sur notre pratique technique de la diététique et de ses limites. Le principe est de repositionner l’humain au centre du soin et d’appliquer une technique qui va s’adapter à la situation en questionnant les objectifs de soins.
Les concepts de liberté, dignité sont des fondations solides sur lequel le soin va pour s’organiser et permettre un accompagnement respectueux, sans être dans une “sur-psychologisation” du soin.

Mais la grande difficulté se rencontre dans le décalage qu’il existe entre l’éthique en diététique et les représentations du métier par les patients et les professionnels de santé. C’est une vision limitée à la technique qui confond les situations pathologiques et celles de confort.

Si les diététiciens amorcent une grande réflexion sur leurs pratiques, le travail aujourd’hui est de faire connaître ce mouvement auprès de tous les public.
La réflexion éthique permet une critique des techniques de régimes, reconnues comme non efficaces, et de rassurer les patients qui ont pratiqué de nombreux régimes, épuisés des régimes d’un soin qui n’est ni stigmatisant ni discriminant.

Opinion et vérité en diététique

Court extrait de mon mémoire de master 2 en éthique médicale

“Le « manger-savoir » est limité de manière intrinsèque par les découvertes scientifiques. Le « manger-savoir » actuellement, dans sa diffusion sur le net, tend à vouloir se poser comme Vérité telle une loi de la physique, immuable dans l’Univers alors que la contingence de l’Homme implique sa limitation.

Elle ne peut se poser en tant que « vérité » que par l’action d’oublier ou de rejeter les limites des connaissances. Si une réfutation est possible alors cette « vérité » ne peut être tenue comme telle. Les découvertes scientifiques, les savoirs et les connaissances se découvrent au fur et à mesure générant un déplacement des limites intrinsèques de la réalité, qui parfois peuvent venir contredire la « vérité » ultérieure. Les débats scientifiques et d’idées obligent ces « vérités » à rester des hypothèses qui peuvent penser le fonctionnement dans une réalité. Alors on ne peut que les dégrader au rang d’opinion quand ces dernières se veulent dogmatiques.”

« un bout de pain comble votre faim tout autant que l’aliment que vous désirez »

Épicure proposait une distinction entre les désirs: « parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, pour le calme du corps, d’autres enfin simplement pour le fait de vivre » en vue de la vie heureuse. La recherche du calme dans le corps et dans l’âme permettait d’accéder au statut d’homme sage, le phronimos. Par une lecture attentive de ces écrits, Épicure nous invite donc à faire une séparer le plaisir et du choix alimentaire.

De nombreuses personnes se prétendent « Epicurienne » en se vantant de consommer des mets raffinés couplé  à un art du plaisir, ce qui en définitive exprime deux points. Le premier est la preuve qu’ils n’ont pas lu Épicure et encore moins pu comprendre la philosophie au combien fine de ce dernier. Le deuxième interroge sur le besoin de justifier sur leur acte alimentaire par cette notion Épicurienne. Ils confondent le plaisir qu’ils prennent lors de la consommation des aliments avec ce que propose la philosophie Épicurienne; le plaisir provient de la suppression de la souffrance que l’on la ressent.

A travers cette réflexion, il y a un détachement avec la symbolique du plaisir de l’aliment consommé; puisque l’eau comme le pain, des aliments on ne peut plus simples, peuvent égaler des aliments désirés. Nous sommes loin des aliments raffinés, au sens gustatif qui seraient recherchés pour leurs symboliques culturelles et identitaires; l’eau n’est pas décliné sous une autre type de boisson telle que le café, du sirop,…tout autant que le pain, n’est pas proposé de manière accommodée de chocolat, fromage…ils sont cités en tant qu’aliments « simples »,  sans mettre en oeuvre une technique culinaire avant consommation.

Revenons à la clinique en prenant la situation classique d’une sensation de faim en dehors d’une heure conventionnelle; le choix des aliments pourrait être vu avec la philosophie du plaisir chez Épicure. Les régimes, qui par leurs règles éloignent des plaisirs alimentaires, volent en éclat sous l’effet de la faim qui est contenue. Affranchi de la règle, le plaisir devient le maître. Les deux situations ne proposent pas une action vertueuse. Un choix d’aliment, moins somptueux, procure le même apaisement face la douleur occasionnée par la sensation de faim.

La campagne de prévention santé propose d’« éviter de manger gras-sucré » mettant en rejetant tout aliment plaisir, car ce plaisir est la source du problème du comportement alimentaire. En définitive elle ne fait que renforcer la confusion dans les discours sur le plaisir. Je propose une idée de discours qui valorisait la philosophie Épicurienne :  « un bout de pain comble votre faim tout autant que l’aliment que vous désirez ».

La métaphore de la plante verte et de la balance #regime #pertedepoids par Nicolas Sahuc copyright

Comment avoir une belle plante?
Une bonne exposition au soleil mais pas trop, de l’engrais, lui parler et bien sûr l’arroser.

Restons sur l’arrosage; le conseil que l’on donne est “d’arroser quand elle en a besoin”.
En effet, le manque comme l’excès d’arrosage provoque la pourriture des racines et les feuilles jaunissent et finissent par tomber.

Un arrosage judicieux et surtout un œil expert et une écoute attentive permettent de maintenir de belles plantes.

Pour nous aider un collecteur d’eau nous informe de sa situation mais se fiant qu’à ce dernier suis-je sûr d’écouter les besoins réels de la plante.

Allusion à la balance et au corps, si la balance me dit ce que je dois manger suis-je à l’écoute de mes besoins réels?
La balance peut elle mesurer la quantité manquante?
Il me semble que réduire les besoins à la seule évaluation de la balance est une source majeure d’erreur.

Pour résumer une bonne écoute des besoins permet d’avoir une belle plante :-)

Conseil: ayez la main verte