La nutrition créé un nouveau “carpe diem vulgaire” – Le jouir de tout par peur de mourir est devenu un jouir du sain

La nutrition, et surtout l’envahissement de cette matière médicale par des idéaux sans réalisme biologique, créé un complexe dans les prises alimentaires.

Si Epicure était cité comme “jouisseur” des bonnes nourritures, c’était déjà premièrement que vous n’aviez pas lu ni même compris la philosophie d’Epicure. Deuxièmement, “s’autoriser” tout par le fait de trouver un bonheur car demain il n’existera peut être plus, est un pari induit par une mort qui domine.

Alors, comme le propose Epicure dans son tétrapharmakon, ne pas avoir peur de la peur “car quand la mort est là, la vie n’y est plus et quand la vie est là la mort n’est pas là.” En effet, si je n’avais plus peur de mourir, serais-je obligé de m’imposer de jouir ?

Il me semble que oui et bien heureux mais mon acte dans ce moment serait certainement plus juste et plus tempéré.

Jouir par excès est proscrit par nos cerveaux moralisateurs de la nutrition et autres, ils proposent seulement un jouir du “sain”, de l’interdit.

On est passé de l’expansif sans limites au tout contenir limité.

L’un comme l’autre sont des postures ne permettant l’accomplissement de la vie, c’est-à-dire une “vie bonne,” une “vie heureuse” qui est du niveau de l’éthique.

Le manquement de la Nutrition:

La connaissance en matière de santé et de nutrition, est, bien sûr, exponentielle depuis les années 1950. Cette branche de la médecine qu’est la nutrition évolue au grès des découvertes techniques qui la font grossir de manière pléthorique ainsi que la connaissance, l’ensemble évoluant en épidémie .

 

En effet, n’importe quel magazine possède sa page “santé et alimentation,” la publicité télévisuelle, radiophonique et bien sûr internet,  qui ne compte je ne sais combien de site d’informations, sont touchés.

Tous les domaines du quotidien subissent l’impact de cette épidémie en réussissant à nous atteindre dans notre singularité/intimité.

Cette épidémie de connaissance, qui se veut positive au sens de la santé, génère une distorsion du réel. La faim physiologique, vécue, est absente dans la connaissance nutritionnelle. Le “quoi” et le “quand” sont les maîtres mots. Le ” quoi ” est la connaissance et le ” quand ” est symbolisé par l’heure. Un Chronos exclusif qui élimine toute possibilité de manger en dehors de cet espace temps.

La séparation entre réalité physiologique et décision de l’acte alimentaire s’accroisse par la connaissance en nutrition.

Pour autant, la connaissance est un des chemins qui permet le retour à la réalité (physiologique) et c’est en cela que la nutrition est un “manquement. “
L’approche dite ” moderne ” ou ” éthique ”   invite à ce retour, liant réalité physiologique et choix alimentaires, en plaçant le corps, donc le sensible, au centre du processus.

 

En conclusion : Il serait temps que la nutrition se dégraisse des connaissances inutiles en se mettant au régime diététique.

Le titre de la conférence de ce soir ” Médecine sportive, médecine pathologique, les troubles alimentaires ” posera la problématique de l’approche alimentaire dans la pratique sportive.

” Médecine sportive, médecine pathologique ” posera la problématique de l’approche alimentaire dans la pratique sportive.
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La pratique sportive actuelle est fortement conditionnée par  le désir de performance.

Ce désir est partager par les différents acteurs, que ce soit le sportif, le staff technique  et le corps médical.

Tous tendent à ce que le corps humain soit le moins faillible possible, quitte à le réifier, à le chosifier, le faisant passer d’un statut de corps biologique à celui de corps machine.

Réduit à cet état de corps machine, les sportifs deviennent non seulement des entités à entretenir, mais également des » gisements à exploiter(1) »,

qui seront évaluables mais aussi statistiquement comparables, induisant une cotation rendant possible leur marché.

La déshumanisation du corps du sportif de haut niveau trouve donc son apogée dans la marchandisation de son corps, devenant valeur et investissement à rentabiliser et a bonifier.

(a ce point de réflexion nous pouvons poser la question de la problématique de l’esclavage, qui est définie par ” condition d’un individu privé de sa liberté, qui devient propriété exploitable et négociable comme un bien matériel, d’une autre personne ” )

La pratique médicale dans le monde du sport, basée sur l’idée de domination ou encore contrôle du corps, appuis cette déhumanisation du corps-machine. 

Plus qu’ailleurs, le “ corps médical par sa technique et sa connaissance possède un pouvoir sur le corps d’autrui(2).

Dissociée de l’éthique, les dérives médicales peuvent conduire à l’altération de l’état de santé du sportif; comme par exemple dans le dopage.

Concernant l’alimentation, la diététique est délaissée, de son idée étymologique et donc d’une certaine philosophie celle du ” diaeta ” signifiant un ” art de vivre, ” pour laisser place à la nutrition humaine, symbolisant une réflexion technique d’une alimentation désincarnée, dépouillée et réduite au champ de l’interaction moléculaire. 

Nous ne mangeons plus des aliments mais des molécules qui seraient contenues dans une substance dénuée d’intérêt gustatif. 

Par la perte de l’intérêt pour cette substance, nous entrons dans  la problématique des troubles alimentaires, en cela que l’alimentation n’est plus un ” acte libre ” mais un acte intellectualisé qui entraîne une oscillation tragique entre la jouissance du contrôle, la frustration et la culpabilité.

L’intellect et le savoir technique vont créer des choix alimentaires aliénés au désir de performance conduisant à la souffrance psychique du sujet dans son quotidien. 

Le trouble alimentaire fera effraction dans la vie et la psyché du sportif lors de prises de poids, pendant la saison ou l’intersaison,  lors de contre-performances sportives ou encore de blessures. Créant ainsi un rapport pathologique entre poids et l’alimentation.

Pour conclure, le manque de réflexion et donc d’éthique dans la pratique nutritionnelle et de la gestion du poids chez le sportif conduit à des risques accrus de dopage ainsi qu’à l’émergence de  troubles alimentaires. 

Si, dans le cas de l’entourage du sportif, ” Nul ne fait le mal volontairement,(3)”  il devient urgent de redonner la place au corps vécu, incarné, humanisé pour libérer l’acte alimentaire de l’aliénation de la souffrance et de la recherche de la performance, symbole du corps chosifié.

idée originale: Nicolas Sahuc 

Corrigé et mis en forme: Dr C. Frot

Bibliographie:

(1) Citation dans Philomagazine, Baudrillard, novembre 2013

(2) Médecins révolutionnaires, médecins résistants, Paul Ricoeur, préface

(3) Gorgias, Platon