conferences professionnelles, réflexion sur les problèmes de diététique

Nous sommes éduqués à une « idée du corps »

Dans le cadre du congrès « Bodies transformations » qui se déroule à Montpellier, on me demande de modérer un atelier autour de la question du corps.

Je crois que la question « qu’est-ce que le corps? » est aussi difficile à définir que le temps. La fameuse formule de Saint-Augustin

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus. »

Cette formulation vaut pour le corps. Nous avons tous une idée « qu’est ce que le corps? » mais dès qu’on demande de l’expliquer, notre explication sera toujours limitée et incomplète. Notre expérience du corps peut nous en dire quelques chose mais la biochimie en dira autre chose… Ce corps est contrôlable, transformable, modifiable et il tombera malade. Je peux peser plus ou peser moins et j’ai toujours un corps. Je peux perdre un membre et mon corps est toujours là… je peux devenir assisté, handicapé et mon corps est toujours là… En résumé, le corps mettra toujours et toujours notre intelligence en déroute. Il nous échappe perpétuellement quand je pense le saisir, tel la chevelure de Samson, un « je ne sais quoi et presque rien ». Donc toute théorie sur le corps sera incomplète et toute théorie oubliant ce phénomène d’échappement sera arrogante.

Pour cette modération voici, mon introduction sur le sujet :

Le corps présent :

  • C’est ce corps qui est objectivé, projeté dans le miroir, sur les écrans de nos téléphones en mode selfie ou dans la phototèque, celui qui est transformé par les derniers filtres à la mode mais il est surtout dans ces cas un corps qui n’est vu qu’en deux dimensions alors que je le vis en trois dimensions.
  • Le corps présent est aussi cette matière, ce vivant, dans laquelle ma pensée s’accroche, se déploie. A travers les sens que je perçois (touchant-touché, se ressentir), si le corps est en bonne santé, nous avons l’illusion d’un corps nous révélant tous ses secrets et sa formidable machinerie.
  • Le corps présent n’est plus celui du passé et n’est pas encore celui du futur. Dans les problématiques des troubles alimentaires et de l’obésité, les stratégies alimentaires sont mises en oeuvre pour corriger les excès de la veille comme prévenir la prochaine faim qui vient.
  • Dans l’obésité comme les troubles alimentaires, le corps est chosifié,  premièrement par les patients avant même les étudiants et les professionnels de la santé. Peser moins, avoir une silhouette parfaite, toutes ces caractéristiques physiques du corps qui ne définissent pas le corps. Le poids est à contrôler chez les patients et malheureusement aussi chez les professionnels de santé.

Dans ces quelques points présentés, le corps devient souffrant par la maltraitance alimentaire, physique et cette incompréhension génère de la souffrance. L’erreur provient principalement de la chosification par le sujet traduisant un réductionnisme de la pensée et une humiliation vécue sur la balance. Car le réductionnisme de la pensée est arrogant, cette pensée est une domination de l’esprit voulant arraisonner le corps.

Pour sortir du couple arrogance/humiliation, comprenons que le corps, notre corps, est un infini qui nous échappe, ne pouvant être réduit aux sens tout comme à la vision anatomo-physiologique, mais aussi un corps vécu, un corps dans lequel une histoire s’inscrit, dans lequel la vie se déploie.

Publicités
Par défaut
réflexion sur les problèmes de diététique

L’homme moderne impose une alimentation à haute rentabilité

L’homme moderne de nos jours ne travaille plus réellement à la terre. Il est donc peu surprenant d’observer une évolution des attentes concernant l’alimentation des hommes contemporains occidentaux.

Le corps du XIXème siècle est un « corps outil » pour la terre et la production qui sera nourrie d’une « bonne nourriture », énergétique et de vin. Cette nourriture permettra d’assurer une rentabilité du « corps outil » dans la production agricole. C’est une « puissance mécanique » qui est entretenue par cette alimentation riche. L’alimentation symbolise l’apport de la puissance par l’énergie, une rentabilité entre le « corps outil » et l’alimentation.

Mais aujourd’hui l’homme s’épuise plus derrière un bureau ou d’autres tâches assistées par la technique industrielle. L’épuisement est bien plus sur le plan du moral que sur le physique. Ce glissement entraîne une modification des attentes concernant notre alimentation . L’alimentation contemporaine doit être :

  • plaisir (pour apporter des endorphines pour le bien du moral),
  • technique & santé (pour garantir la bon vieillissement du corps),
  • et le tout avec un bon rendement (pour ne plus éprouver la faim entre les repas)…

La faim n’a plus sa justification chez l’homme moderne. Avoir faim après avoir travaillé était justifié mais aujourd’hui sans cette dépense d’énergie par le « corps outil », ressentir la faim devient presque « non mérité ». Les aliments et notre alimentation doivent donc assurer au corps une absence de faim excessive. Ils assurent une sorte de nouvelle rentabilité non sur le plan de la puissance à fournir au corps mais sur le plan de la satiété.

Cette courte analyse critique la vision encore mécanistique de la nutrition et du rapport au corps qui sera à dépasser lors de ce XXIème siècle…

Par défaut