« Critique d’une morale diététique contemporaine »

Face à la constante augmentation de l’épidémie d’obésité en France, des campagnes de prévention sont mises en oeuvre à coup de bandeaux publicitaires. Alors que l’on pensait la « morale » désuète, la campagne renoue avec cette pratique. Par des injonctions concernant la perte ou le contrôle du poids (et/ou l’image corporelle) par des choix alimentaires adaptés, la « morale » s’incorpore comme un devoir à respecter pour contraindre l’épidémie d’obésité. Aujourd’hui la question diététique n’a plus de rapport avec le « bon pour soi » mais plutôt avec le « bien » et le « mal ». Ce glissement du « bon » vers le « bien » conduit au sentiment de culpabilité lorsque que l’on mange en dehors des repas par exemple.

La communication orale propose d’observer les limites de cette attitude moralisatrice sur l’acte alimentaire par un regarde éthique.
Si le poids reste la cible privilégiée dans les soins diététiques et nutritionnels, cette cible est à questionner. La personne perdant du poids glisse d’un « état occupé » par l’excédent de poids vers un « état pré-occupé » par l’excédent de poids qui pourrait revenir.
Il est urgent que la diététique accouche de l’éthique qu’elle porte déjà en son nom pour limiter les effets négatifs de cette « morale diététique contemporaine » qui enferme les professionnels dans une posture sans éthique maintenant la personne dans un rapport pathologique entre ses choix alimentaires et son rapport au poids/image corporelle. L’émergence d’un trouble atypique prend peut-être forme par la diffusion d’une « moraline ».

par Nicolas SAHUC
sce post urgence psychiatrique
CHU Montpellier
n-sahuc@chu-montpellier.fr

8 commentaires

  1. Bonjour monsieur Sahuc,
    Tout d’abord, je tiens à vous dire combien j’admire votre travail, et je vous remercie pour tout ce que vous faites!!! Il me semble avoir compris ce que vous dites mais j’ai une question. Qu’est ce que la moraline (jamais entendu ce mot 😊)? Merci d’avance, Esther

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  2. Bonjour à tous. Excellente question Esther.Le terme moraline a bien été inventée par Nietzsche pour définir la morale chrétienne. Par ailleurs, votre titre suggère une critique de l’éthique diététique alors même que vos posez dans votre texte la question de la création d’une telle morale.Merci de nous éclairer.

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  3. Merci Julien, votre commentaire m’a permis d’approfondir mon questionnement. En relisant votre texte, monsieur (ou docteur, ce n’est pas très clair), et pour connaître les distinctions essentielles entre morale et éthique, il me semble que votre propos prête à confusion. En exigeant plus d’éthique dans votre corps professionnel, vous formulez en même temps un devoir. Vous vous faites ainsi le porte-parole d’une tradition moraliste et kantienne en insistant sur la différence entre ce qui est et ce qui doit être (la diététique est aujourd’hui trop morale, elle devrait être à l’avenir plus éthique). En conclusion, l’éthique telle que vous la présentait ici n’est-elle pas une morale masquée ? Votre discours n’est-il pas moralisateur ? Votre raisonnement n’est-il pas inévitablement contradictoire et aporétique ? Où est, dans votre discours quasi-dogmatique, le sens des nuances privilégié par Nietzsche ?

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    1. Merci à vous 2 de vos reflexions. Rappelons que la reflexion part du côté professionnel vers la philo. De l’histoire du soin et de sa posture qui nous est enseignée. Des consequences de cette posture face aux problemes de comportements alimentaires. Alors oui il y a une urgence un devoir à l’ethique dans le soin.

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  4. Je trouve cette réflexion du bon et du bien très… juste. La justesse, le comportement correct que chacun doit adopter semblent aujourd’hui dictés par un dogme qui nous dépasse emprunt des « règles hygiénico-diététiques », des exigences de « bonne santé », des dictats de la « beauté », du « bien être »… Aujourd’hui, tout est classifié, tout est moulé, tout est encadré au point que la moindre sortie de route implique un jugement (« c’est mal », « c’est mauvais »). Des Règles semblent imposer ce qui est bien, or qui de mieux placé que soi même pour savoir ce qui est bon pour soi? L’auto détermination implique la liberté, une liberté aujourd’hui bafouée. Le respect de ces règles par l’autre semble impliquer le respect de l’autre. « Tu es digne d’être respecté car tu as respecté la règle sociale, tu es donc digne d’être intégré au groupe ». Celui qui ne respecte pas les Règles n’est pas digne d’être inclu dans le groupe, il est donc jugé pour ce qu’il a fait de mal, et cet individu rejeté culpabilise, et retourne le jugement des autres contre lui même par une haine de lui même. C’est un cercle sans fin où les raports des individus entre eux perdent de leur humanité au point que « soi » n’est plus libre et « soi » n’est plus aimé par lui même…. C’est en jouant sur cette tendance qu’aujourd’hui de nombreux nutritionistes développent toutes sortes de « régimes miracles » souvent irrespectueux de l’Homme lui même. Je pense qu’une personne qui désire entamer un régime doit commencer par se connaitre elle même pour regagner sa propre confiance et sa liberté. Un régime ne doit pas avoir pour seul but d’engendrer une transformation physique (allégation souvent mise en avant dans le marketing des régoimes et autres « aides minceur »), il suppose un suivis psychothérapeutique qui peut bien souvent, à lui seul, déverrouiller les dogmes imposés incidieusement qui nuisent au bien être pour que l’être regagne sa liberté.

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