» Nutrition du sport & les troubles alimentaires  » poser la problématique de l’approche alimentaire dans la pratique sportive.

La pratique sportive actuelle est fortement conditionnée par  le désir de performance.

Ce désir est partagé par les différents acteurs, que ce soit le sportif, le staff technique  et le corps médical.

Tous tendent à ce que le corps humain soit le moins faillible possible, quitte à le réifier, à le chosifier, le faisant passer d’un statut de corps biologique à celui de corps machine.

Réduit à cet état de corps machine, les sportifs deviennent non seulement des entités à entretenir, mais également des » gisements à exploiter(1) »,

qui seront évaluables mais aussi statistiquement comparables, induisant une cotation rendant possible leur marché.

La déshumanisation du corps du sportif de haut niveau trouve donc son apogée dans la marchandisation de son corps, devenant valeur et investissement à rentabiliser et a bonifier.

(a ce point de réflexion nous pouvons poser la question de la problématique de l’esclavage, qui est définie par  » condition d’un individu privé de sa liberté, qui devient propriété exploitable et négociable comme un bien matériel, d’une autre personne  » )

La pratique médicale dans le monde du sport, basée sur l’idée de domination ou encore contrôle du corps, appuis cette déhumanisation du corps-machine. 

Plus qu’ailleurs, le «  corps médical par sa technique et sa connaissance possède un pouvoir sur le corps d’autrui(2).  »

Dissociée de l’éthique, les dérives médicales peuvent conduire à l’altération de l’état de santé du sportif; comme par exemple dans le dopage.

Concernant l’alimentation, la diététique est délaissée, de son idée étymologique et donc d’une certaine philosophie celle du  » diaeta  » signifiant un  » art de vivre,  » pour laisser place à la nutrition humaine, symbolisant une réflexion technique d’une alimentation désincarnée, dépouillée et réduite au champ de l’interaction moléculaire. 

Nous ne mangeons plus des aliments mais des molécules qui seraient contenues dans une substance dénuée d’intérêt gustatif. 

Par la perte de l’intérêt pour cette substance, nous entrons dans  la problématique des troubles alimentaires, en cela que l’alimentation n’est plus un  » acte libre  » mais un acte intellectualisé qui entraîne une oscillation tragique entre la jouissance du contrôle, la frustration et la culpabilité.

L’intellect et le savoir technique vont créer des choix alimentaires aliénés au désir de performance conduisant à la souffrance psychique du sujet dans son quotidien. 

Le trouble alimentaire fera effraction dans la vie et la psyché du sportif lors de prises de poids, pendant la saison ou l’intersaison,  lors de contre-performances sportives ou encore de blessures. Créant ainsi un rapport pathologique entre poids et l’alimentation.

Pour conclure, le manque de réflexion et donc d’éthique dans la pratique nutritionnelle et de la gestion du poids chez le sportif conduit à des risques accrus de dopage ainsi qu’à l’émergence de  troubles alimentaires. 

Si, dans le cas de l’entourage du sportif,  » Nul ne fait le mal volontairement,(3) »  il devient urgent de redonner la place au corps vécu, incarné, humanisé pour libérer l’acte alimentaire de l’aliénation de la souffrance et de la recherche de la performance, symbole du corps chosifié.

idée originale: Nicolas Sahuc 

Corrigé et mis en forme: Dr C. Frot

Bibliographie:

(1) Citation dans Philomagazine, Baudrillard, novembre 2013

(2) Médecins révolutionnaires, médecins résistants, Paul Ricoeur, préface

(3) Gorgias, Platon